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Comparer des devis avec une IA : la méthode pour ne pas choisir sur un résumé trompeur

Trois devis, trois présentations et des prestations qui portent presque le même nom. Demander à une IA de « choisir la meilleure offre » semble faire gagner du temps. Mais un tableau très propre peut comparer un prix…

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Trois devis, trois présentations et des prestations qui portent presque le même nom. Demander à une IA de « choisir la meilleure offre » semble faire gagner du temps. Mais un tableau très propre peut comparer un prix annuel avec un prix mensuel, oublier une option obligatoire ou transformer une information absente en service inclus.

La bonne utilisation commence avant le classement. Il faut construire une comparaison traçable, dans laquelle chaque montant et chaque engagement renvoient à un passage du document. L’assistant prépare alors le travail ; il ne devient pas le décideur à votre place.

D’abord, vérifier ce que l’outil est autorisé à recevoir

Un devis peut contenir un nom de client, des coordonnées, une remise négociée ou des informations sur un projet non public. N’envoyez pas automatiquement l’ensemble dans un compte personnel. Utilisez le service autorisé par votre organisation et vérifiez les paramètres applicables aux documents déposés.

La CNIL rappelle que le recours à l’IA générative demande de prendre en compte les données utilisées et les conditions du service. Pour une première comparaison, vous pouvez retirer les coordonnées inutiles et remplacer les noms par « prestataire A » et « prestataire B ». Cette préparation ne doit pas supprimer les informations nécessaires au raisonnement, comme le pays d’exécution ou le périmètre contractuel.

L’anonymisation ne se résume pas à masquer un nom si d’autres éléments permettent de reconnaître le client. Lorsque le document reste identifiable, traitez-le en conséquence. Pour un achat sensible, la validation interne de l’outil précède le dépôt, même si la démonstration paraît convaincante.

Regroupez les versions définitives dans un dossier identifié. Comparer le devis initial d’un fournisseur avec la dernière proposition de son concurrent fausse déjà la décision. Notez la date, la référence et les annexes associées.

Extraire les faits avant de demander un avis

Commencez par demander une extraction, sans recommandation. L’objectif est de savoir ce qui figure dans chaque document et ce qui manque. Une consigne utile peut prendre cette forme :

Pour chaque devis, relève le périmètre, les livrables, les exclusions, les montants, leur périodicité, les délais, les conditions de paiement et les options. Donne la page et le passage qui justifient chaque réponse. Écris « non trouvé » lorsque le document ne permet pas de répondre. Ne complète pas avec une pratique supposée du secteur.

Cette consigne réduit une ambiguïté, mais ne garantit pas l’absence d’erreur. Le NIST décrit le risque de contenus générés erronés, y compris des justifications ou citations trompeuses. Il faut donc ouvrir les passages indiqués, pas considérer leur présence comme une validation.

La lecture du fichier demande elle aussi un contrôle. Un PDF peut contenir du texte sélectionnable, des pages numérisées, un tableau sous forme d’image ou une annexe séparée. Les capacités de traitement dépendent du service, du modèle et du mode d’accès. La documentation d’Anthropic distingue notamment des traitements visuels et des extractions de texte selon la configuration utilisée.

Évitez d’en déduire une limite universelle pour tous les assistants. Vérifiez plutôt, avec le fichier réel, que les lignes du tableau et les notes de bas de page essentielles ont été prises en compte. Une réponse qui comprend le premier paragraphe ne démontre pas une lecture complète des annexes.

Construire une grille qui accepte les cases vides

Choisissez les critères correspondant à votre achat. Pour une refonte de site, le nombre de pages, la reprise du contenu, les redirections, l’accessibilité, la maintenance et la propriété des livrables sont des sujets distincts. Pour un équipement, la livraison, l’installation et les consommables peuvent changer la comparaison.

Point à comparer Valeur attendue dans la grille Contrôle utile
Périmètre Prestation exacte, avec quantité Passage du devis et annexe
Prix Montant et taxes précisées Recalcul des lignes
Récurrence Mensuelle, annuelle ou ponctuelle Durée d’engagement
Option Incluse, facultative ou nécessaire Condition de fonctionnement
Information manquante « À confirmer » Question écrite au prestataire

Une case vide est une information de travail. La remplir avec une hypothèse pour embellir le tableau est une erreur. « Le support n’est pas décrit » ne signifie ni « support absent » ni « support inclus ».

Ramener les prix au même usage, sans effacer les différences

Prenons un exemple fictif, sans lien avec un tarif réel. Une offre A prévoit 2 400 euros de mise en place et 100 euros par mois. Une offre B prévoit 1 200 euros de mise en place et 180 euros par mois. Sur douze mois complets d’abonnement, le total est de 3 600 euros pour A et 3 360 euros pour B. Sur vingt-quatre mois, il devient 4 800 euros pour A et 5 520 euros pour B.

Le classement change avec la période. Cela ne prouve pas qu’A devient le meilleur choix : les deux offres doivent encore couvrir le même besoin. Il faut aussi préciser le point de départ des abonnements et les éventuelles conditions de renouvellement.

Faites les calculs dans un tableur ou avec une calculatrice, à partir des données contrôlées. L’IA peut proposer la formule, mais une présentation détaillée ne remplace pas le recalcul. Si un tarif dépend du nombre d’utilisateurs ou d’opérations, créez plusieurs scénarios d’usage plutôt qu’un total unique présenté comme certain.

Pour un projet logiciel, cette démarche rejoint l’évaluation des besoins et des risques du sur-mesure. Une prestation moins chère peut simplement laisser à votre équipe une migration, une recette ou une maintenance que l’autre inclut.

Comparez également les hypothèses de charge. Une formation prévue pour une personne n’équivaut pas à un accompagnement de toute l’équipe. Un délai annoncé après réception de tous les contenus ne commence pas nécessairement à la signature.

Faire de l’IA un préparateur de questions

Une fois la grille contrôlée, demandez à l’assistant de relever les différences qui empêchent une comparaison équitable. Il peut organiser une liste de questions, sans inventer les réponses : qui fournit les contenus, quel volume est couvert, que se passe-t-il après réception, et combien coûte une demande supplémentaire ?

Envoyez ces questions par le canal habituel et conservez les réponses. Lorsqu’une précision change le périmètre ou le prix, demandez un document révisé. Une reformulation de l’IA dans votre tableau ne modifie pas l’engagement du prestataire.

La notation pondérée intervient ensuite, si elle aide réellement. Définissez d’abord les critères éliminatoires : une fonction indispensable absente ne doit pas être compensée artificiellement par une jolie moyenne. Puis choisissez des poids adaptés à vos contraintes, en sachant qu’ils expriment votre priorité, pas une vérité mathématique.

Une grille peut privilégier un délai court ; une autre, la facilité de maintenance. Présenter ces choix rend la décision discutable et utile. Demander simplement « le meilleur rapport qualité-prix » les laisse implicites.

Gardez enfin une version de la grille avec ses justificatifs et les questions restées ouvertes. Le bon résultat n’est pas une phrase qui désigne un gagnant. C’est un dossier qui permet d’expliquer pourquoi une offre correspond au besoin, ce qu’elle exclut et ce qui doit encore être confirmé avant de signer.

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Juliette Pierre

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